En quelques mots, voici d'où me vient ma passion des mots. Il était une fois, il y a fort longtemps… Ma plus belle révélation fut ma toute nouvelle capacité à déchiffrer les mots. Pas un mot, pas une phrase n'échappaient à mon œil de plus en plus gourmand. À défaut de livre sous la main, je lisais les enseignes, les publicités, tout ce qui se trouvait à portée de vue. Passés les contes d'Andersen et autres, les " contes et légendes " furent les premier livres qui allaient constituer ma bibliothèque. Qui se souvient de ses impressions de premières lectures, de cette sensation de puissance qu'offre la possession de la clé de décryptage ? Subtil et indicible plaisir que ce sentiment de création lorsque je formais mes premiers mots. L'un s'ajoutant à l'autre, je constituais des phrases puis, avec un mélange d'euphorie et de curiosité, je couvrais les pages blanches de mes rêves, de mes souhaits, mais aussi de mes ressentiments ou colères enfantines. C'est ainsi que prirent forme mes premières histoires. Je n'ai pas vraiment de littérature de prédilection. Tout, ou presque, m'intéresse et j'ai l'incorrigible manie de chercher des similitudes entre les auteurs et leurs personnages. Un petit jeu de construction amusant lorsqu'un auteur a publié plusieurs ouvrages. J'aime passionnément reconnaître un auteur lors de mes lectures et ce que je ressens est assez curieux. C'est un peu comme si je retrouvais un lieu accueillant auprès d'une vieille connaissance. Oui, je suis un peu " allumée " et c'est pourquoi il n'y a plus de moquette chez-moi.
L'écriture nous accorde le bonheur indicible de jouer avec les mots, de les jauger, les manier, les poser, juste là où ils sont nécessaires, pour exprimer ses joies, ses peines, son besoin de communiquer. Elle nous offre la possibilité de formuler " tout bas " ceux que l'on ne peut laisser franchir, pas même du bout des lèvres. Elle peut être un cri, un espoir, une détresse, un secret dévoilé. Elle concède le pouvoir de narrer, dépeindre, confesser, rapporter… Telle est sa puissance. L'écriture est libre, la parole ne l'est pas. Tout ne peut se dire, tout ne peut s'entendre. L'esprit en vrille, le cœur en lambeaux, l'abdomen endolori par les étreintes des angoisses qui nous assaillent sans répit, les pensées qui s'embrument, se perdent, s'emmêlent, le souffle qui se suspend avant de reprendre avec force, tel celui qui se noie, s'épuise et perdra son instinct de survie… C'est si simple à écrire, et encore bien plus à lire, mais qui accepterait de l'entendre ? Qui accepterait de le divulguer ? Et à qui ? Ce sont des tonalités que les oreilles supportent mal jusqu'au jour où, lorsqu'il est trop tard, nous entendons : " Si j'avais su ! " Mais moi je pose la question, qui a fait l'effort de savoir ? Chacun sa vie, son fardeau alors, comment accepter celui des autres ? Comment pourraient-ils oser demander de l'aide ? " L'individualisme a pris le pas sur de plus nobles sentiments. Le moi d'abord, moi je, l'amour de soi, le déni de l'autre… Ce soir, toutes mes pensées vont à toutes ces personnes en pleine détresse pour qui chaque jour est une torture, une épreuve supplémentaire. Elles sont nombreuses et vont de 7 à bien plus de 77 ans.